Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


XX. APPARITIONS ET MATERIALISATIONS D'ESPRITS.


Les ph�nom�nes d�apparition et de mat�rialisation sont de ceux qui impressionnent le plus vivement les exp�rimentateurs. Dans les manifestations dont nous nous sommes occup� pr�c�demment, l�Esprit agit au moyen d�objets mat�riels ou d�organismes �trangers. Ici, nous allons le voir directement � l��uvre. Sachant que, parmi les preuves de sa survivance, il n�en est pas de plus puissante que sa r�apparition sous la forme humaine, celle de sa vie terrestre, l�Esprit va travailler � reconstituer cette forme au moyen des �l�ments fluidiques et de la force vitale emprunt�s aux assistants.

Dans certaines s�ances, en pr�sence de m�diums dou�s d�une force psychique consid�rable, on voit se former des mains, des visages, des bustes et m�me des corps entiers, ayant toutes les apparences de la vie : chaleur, mouvement, tangibilit�. Ces mains vous touchent, vous caressent ou vous frappent ; elles d�placent des objets et font r�sonner des instruments de musique ; ces visages, s�animent et parlent ; ces corps se d�placent, circulent au milieu des assistants. Vous pouvez les saisir, les palper ; puis, ils s��vanouissent tout � coup, passant de l��tat solide � l��tat fluide apr�s une dur�e �ph�m�re.

De m�me que les ph�nom�nes d�incorporation nous initient aux lois profondes de la psychologie, la reconstitution des formes d�Esprits va nous familiariser avec les �tats les moins connus de la mati�re. En nous montrant quelle action la volont� peut exercer sur les impond�rables, elle nous fera toucher aux secrets les plus intimes de la cr�ation, ou plut�t du renouvellement �ternel de l�univers.

Nous savons que le fluide universel, ou fluide cosmique �th�r�, repr�sente l��tat le plus simple de la mati�re ; sa subtilit� est telle qu�il �chappe � toute analyse. Et, cependant, de ce fluide proc�dent, par des condensations gradu�es, tous les corps solides et lourds qui constituent le fond de la mati�re terrestre. Ces corps ne sont pas aussi denses, aussi compacts qu�ils le paraissent. Ils sont travers�s avec la plus grande facilit� par les fluides, aussi bien que par les Esprits eux-m�mes. Ceux-ci, par la concentration de leur volont�, aid�s de la force psychique, peuvent les d�sagr�ger, en dissocier les �l�ments, les ramener � l��tat fluide, puis les d�placer et les reconstituer dans leur premier �tat. Ainsi s�explique le ph�nom�ne des apports.

Parcourant ses degr�s successifs de rar�faction, la mati�re passe du solide au liquide, puis � l��tat gazeux, enfin � l��tat fluide. Les corps les plus durs peuvent ainsi retourner � l��tat invisible et �th�r�. En sens inverse, le fluide le plus subtil peut se changer, graduellement, en corps opaque et tangible. Toute la nature nous montre l�encha�nement des transformations qui conduisent la mati�re, de l��ther le plus pur � l��tat physique le plus grossier.

A mesure qu�elle se rar�fie et devient plus subtile, la mati�re acquiert des propri�t�s nouvelles, des forces d�une intensit� croissante. Les explosifs, les radiations de certaines substances, la puissance de p�n�tration des rayons cathodiques, l�action � grande distance des ondes hertziennes, nous en fournissent des exemples. Par eux, nous sommes amen�s � consid�rer l��ther cosmique comme le milieu o� la mati�re et l��nergie se confondent, comme le grand foyer des activit�s dynamiques, la source des forces in�puisables que dirige la volont� divine et d�o� s��pandent en ondes incessantes les harmonies de la vie et de la pens�e �ternelle.

Eh bien ! - et ici la question va prendre une ampleur inattendue - l�action exerc�e par la puissance cr�atrice sur le fluide universel pour enfanter des syst�mes de mondes, nous allons la retrouver sur un plan plus modeste, mais soumise � des lois identiques, dans l�action de l�Esprit reconstituant les formes passag�res qui �tabliront, aux yeux des hommes, son existence et son identit�.

Les m�mes n�bulosit�s, agr�gats de mati�re cosmique condens�e, germes de mondes, que nos t�lescopes nous montrent au fond des espaces, vont appara�tre dans la premi�re phase des mat�rialisations d�Esprits.

C�est ainsi que l�exp�rimentation spirite aboutit aux plus vastes cons�quences. L�action de l�Esprit sur la mati�re peut nous faire comprendre de quelle fa�on s��laborent les astres et se d�roule l��uvre gigantesque du Cosmos.

Dans la plupart des s�ances, on distingue d�abord des amas n�buleux en forme d��uf, puis des tra�n�es fluidiques brillantes, qui se d�tachent, soit des murs et des parquets, soit des personnes elles-m�mes, grossissent peu � peu, s�allongent et deviennent des formes spectrales.

Les mat�rialisations sont gradu�es � l�infini. Les Esprits condensent leurs formes de fa�on � �tre per�us tout d�abord par les m�diums voyants. Ceux-ci d�crivent la physionomie des manifestants, et ce qu�ils d�crivent, la photographie vient le confirmer, aussi bien � la clart� du jour qu�� la lumi�re du magn�sium[1]. On sait que la plaque sensible est plus impressionnable que l��il humain. A un degr� sup�rieur, la mat�rialisation se compl�te ; l�Esprit devient visible pour tous ; il se laisse peser ; ses membres peuvent laisser des empreintes, des moulages dans des substances molles.

En tout ceci, le contr�le doit �tre tr�s rigoureux. Il faut se garder avec soin de toutes les causes d�erreur ou d�illusion. C�est pourquoi on doit recourir, autant que possible, aux appareils enregistreurs et � la photographie.

Voyons d�abord les cas o� l�on a pu fixer sur la plaque les images d�Esprits invisibles pour les assistants. Si des supercheries et des abus nombreux se sont produits dans cet ordre de faits, en revanche, les exp�riences et les t�moignages s�rieux abondent.

L�acad�micien anglais Russell-Wallace, exp�rimentant dans sa propre demeure, avec des personnes de sa famille, obtint une photographie de l�Esprit de sa m�re, o� une d�viation de la l�vre constituait une preuve convaincante d�identit�. Le m�dium voyant avait d�crit l�apparition avant la fin de la pose, et la description fut reconnue exacte[2].

Le peintre Tissot, c�l�bre par les illustrations de sa Vie de J�sus, obtint une preuve non moins frappante : la photographie d�un groupe compos� du corps physique et du corps fluidique de son m�dium, d�doubl�, en m�me temps que celle d�un Esprit d�sincarn� et de l�exp�rimentateur[3].

Des constatations analogues ont �t� faites par les docteurs Thomson et Moroni, par les professeurs Boutlerov et Rossi-Pagnoni et par M. Beattie, de Bristol. Tous s�entour�rent des pr�cautions les plus minutieuses. On peut lire dans Animisme et Spiritisme, d�Aksakof, page 27, la relation d�taill�e des exp�riences de M. Beattie.

Dans la premi�re s�rie de ces exp�riences, une forme humaine se dessina sur la plaque � la dix-huiti�me pose. Plus tard, le docteur Thomson s�associe � ces recherches, et l�on obtient toute une s�rie de t�tes, profils et formes humaines, vagues d�abord, puis de plus en plus distinctes, qui, toutes, avaient �t� d�crites au pr�alable par le m�dium entranc�. Parfois, on op�rait dans les t�n�bres. Voici ce que dit Aksakof[4] :

� Dans ces exp�riences, nous nous trouvons en pr�sence, non de simples apparitions lumineuses, mais de condensations d�une certaine mati�re, invisible � notre oeil et qui est, ou lumineuse par elle-m�me ou bien qui refl�te sur la plaque photographique les rayons de lumi�re, � l�action desquels notre r�tine est insensible. Qu�il s�agisse ici d�une certaine mati�re, cela est prouv� par ce fait qu�elle est tant�t si peu compacte que les formes des personnes pr�sentes se voient au travers, et que tant�t elle est si dense qu�elle couvre l�image des assistants. Dans un cas, la forme apparue est noire. �

On le voit, Aksakof croit, comme nous, que ces manifestations ne sauraient s�expliquer sans l�existence d�un fluide ou �ther, substance moul�e par des �tres intelligents invisibles. C�est ce qui pr�te au ph�nom�ne, pense-t-il, un double caract�re, � la fois mat�riel, dans le sens strict du mot, et intellectuel, par l�intervention d�une volont� fa�onnant artificiellement cette mati�re invisible dans un but d�termin�.

Mumler, photographe de profession, obtenait sur ses plaques les images de personnes d�funtes. On lui intenta un proc�s pour supercherie, mais on ne put d�couvrir aucune fraude et le photographe gagna son proc�s.

Non seulement l�enqu�te judiciaire �tablit le fait de la production sur les plaques de figures humaines invisibles � l��il nu, mais douze t�moins d�clar�rent avoir reconnu dans ces figures les images de leurs parents d�c�d�s. Plus encore, cinq t�moins, parmi le grand juge Edmonds, d�pos�rent que des images se sont produites et ont �t� reconnues, alors que les personnes repr�sent�es n�avaient jamais �t� photographi�es de leur vivant[5]. On obtint m�me, dans le cas de M. Bronson Murray[6], l�image de personnes d�funtes, en l�absence de tout t�moin les ayant connues sur la terre.

On a pu photographier les phases successives d�une mat�rialisation. J�ai en ma possession une s�rie de reproductions que je dois � l�obligeance de M. Volpi, directeur du Vessillo, � Rome, dont l�int�grit� est au-dessus de tout soup�on. Elles repr�sentent les apparitions gradu�es d�une forme d�Esprit, tr�s vague � la premi�re pose, se condensant de plus en plus et, enfin, devenant visible pour le m�dium, en m�me temps qu�elle impressionne la plaque photographique.

 

Rappelons maintenant quelques-uns des cas o� l�apparition est visible pour tous les assistants, en m�me temps que le m�dium, ce qui rend toute confusion impossible. L�Esprit mat�rialis� a toutes les apparences d�un �tre humain ; il s�agite et marche, s�entretient avec les personnes pr�sentes et, apr�s avoir v�cu quelques instants de leur vie, s��vanouit lentement, fond, pour ainsi dire, sous leurs yeux.

C�est d�abord le cas c�l�bre de Katie King, forme f�minine qui se manifesta pendant plusieurs ann�es chez sir W. Crookes, de la Soci�t� royale de Londres, et dont nous avons d�j� parl�[7].

On a souvent cherch� � insinuer que W. Crookes �tait revenu sur ses affirmations. Or, voici ce qu�il disait, � propos de ces ph�nom�nes, dans son discours au Congr�s pour l�avancement des sciences (British Association), tenu � Bristol. en.1898, et dont il �tait pr�sident :

� Trente ans se sont �coul�s depuis que j�ai publi� les comptes rendus d�exp�riences tendant � d�montrer que, en dehors de nos connaissances scientifiques, il existe une force mise en oeuvre par une intelligence qui diff�re de l�intelligence commune � tous les mortels... Je n�ai rien � r�tracter ; je maintiens mes constatations d�j� publi�es. Je puis m�me y ajouter beaucoup. �

Mme Florence Marryat, auteur renomm�, a laiss� dans une de ses oeuvres[8] une relation d�taill�e des s�ances de Crookes, dont elle �tait un des t�moins les plus assidus. En voici un fragment :

� J�ai assist� plusieurs fois, aux investigations faites par M. Crookes pour se convaincre de l�existence de l�apparition. J ai vu les boucles sombres de Florence Cook attach�es � terre, devant le rideau, � la vue de tous les assistants, tandis que Katie se promenait et causait avec nous.  J�ai vu Florence, et Katie plusieurs fois ensemble, de sorte que je ne puis avoir le moindre doute qu�elles �taient deux individualit�s distinctes... Au cours d�une s�ance, on demanda � Katie de se d�mat�rialiser en pleine lumi�re. Elle consentit � se soumettre � l��preuve ; bien qu�elle nous dit ensuite que nous lui avions fait beaucoup de mal. Elle alla se placer contre le mur du salon, les bras �tendus en croix. Trois becs de gaz furent allum�s. L�effet produit sur Katie fut terrifiant. A peine la vit-on encore pendant une seconde, puis elle s��vanouit lentement. Je ne puis mieux comparer son effondrement qu�� une poup�e de cire fondant devant un brasier. D�abord, les traits de la figure, vaporis�s et confus, semblaient entrer l�un dans l�autre. Les yeux tombaient dans leurs cavit�s ; le nez disparut et le front se brisa. Les membres et la robe eurent le m�me sort ; tout descendait de plus en plus dans le tapis, comme une maison qui s��croule. A la lumi�re des trois becs de gaz, nous regardions fixement la place que Katie King avait occup�e. �

Nous avons tenu � reproduire cette description, afin de montrer combien grande est la puissance de d�sagr�gation de la lumi�re sur les cr�ations fluidiques temporaires et la n�cessit� des s�ances obscures, en certains cas, malgr� les inconv�nients qu�elles pr�sentent.

A ce sujet, M. Camille Flammarion �tablit la comparaison suivante : il �crit dans la Revue de 1906

� Voici, dans un flacon, un m�lange � volume �gal d�hydrog�ne et de chlore. Si vous voulez que le m�lange se conserve, il vous faut, que cela vous plaise ou non, laisser le flacon dans l�obscurit�. Telle est la loi. Tant qu�il restera dans l�ombre, il se conservera. Mais si, inspir� par une fantaisie d��colier, vous exposez ce m�lange � l�action de la lumi�re, soudain une violente explosion se fait entendre : l�hydrog�ne et le chlore disparaissent, et vous retrouvez dans le flacon une nouvelle substance : de l�acide chlorhydrique. Vous aurez beau �pilogué, l�obscurit� respecte les deux corps, la lumi�re les brise. �

Un autre cas c�l�bre, r�unissant les meilleurs �l�ments de certitude, les preuves les plus concluantes[9], est l�apparition d�Estelle Livermore, d�funte, � son mari, le banquier Livermore, � New-York, de 1861 � 1866, en 388 s�ances, dirig�es par un autre Esprit, qui se d�signait lui-m�me sous le nom du docteur Franklin.

Le ph�nom�ne se compl�te par une s�rie de preuves d�un caract�re persistant. Une centaine de messages sont �crits par Estelle, sous les yeux de son mari, sur des cartes apport�es et marqu�es par lui. Gr�ce � une lumi�re myst�rieuse qui enveloppait le fant�me, M. Livermore reconnaissait la main, les traits, les yeux, le front, les cheveux de celle qui �crivait. � Son visage �, dit-il, � �tait d�une beaut� surhumaine et me regardait avec une expression de bonheur. �

Ces faits sont d�j� anciens et ont �t� souvent relat�s. Nous ne pouvions cependant les passer sous silence, en raison de leur importance et du grand retentissement qui leur a �t� donn�. En voici de plus r�cents. Ici, ce ne sont plus seulement des formes isol�es qui apparaissent, mais des groupes d�Esprits mat�rialis�s, dont chacun constitue une individualit� distincte du m�dium. Des formes, de tailles et de dimensions diff�rentes, se montrent ensemble, s�organisent graduellement aux d�pens d�une masse fluidique n�buleuse, puis se dissolvent tout � coup, apr�s s��tre m�l�es, pendant un instant, aux travaux et aux entretiens des exp�rimentateurs.

Le docteur Paul Gibier, directeur de l�Institut Pasteur, de New-York, a pr�sent� au Congr�s de psychologie de Paris, en 1900, un m�moire tr�s �tendu sur des � mat�rialisations de fant�mes[10] �, obtenues, par lui dans son propre laboratoire, en pr�sence des pr�parateurs qui l�aident habituellement dans ses travaux de biologie. Plusieurs dames de sa famille assistaient aussi � ces exp�riences. Elles avaient pour mission sp�ciale de surveiller le m�dium, Mme Salmon, de v�rifier ses v�tements, toujours noirs, alors que les fant�mes apparaissaient en blanc.

Toutes les pr�cautions furent prises. On se servait d�une cage m�tallique, soigneusement close, avec porte en fer fermant au cadenas. Pendant les s�ances, le m�dium est enferm� dans cette cage, dont la clef ne quitte pas le docteur Gibier. Par surcro�t de pr�cautions, un timbre-poste fran�ais est coll� sur l�ouverture du cadenas. La cage est compl�t�e par un cabinet de tentures. D�autres fois, on se sert du cabinet sans la cage.

De nombreuses s�ances eurent lieu dans ces conditions. Nous n�en relaterons qu�une seule, parce qu�elle r�sume toutes les autres[11].

Le 10 juillet 1898, le m�dium, Mme Salmon, est plac� dans le cabinet et garrott� sur sa chaise. De plus, un ruban est pass� autour de son cou et fix� par un n�ud chirurgical. Les extr�mit�s du ruban sont pass�es par deux trous perc�s dans le plafond du cabinet et attach�es entre elles par un double n�ud tr�s serr�, bien loin de la port�e du m�dium, qui est v�tu de noir. La lumi�re est abaiss�e, mais on distingue les objets.

Des apparitions de bras, de bustes, de faces, incompl�tes, se produisent d�abord. Des formes enti�res leur succ�dent, v�tues de blanc. Leurs tailles varient, depuis une forme d�enfant, la petite Maudy, jusqu�� des fant�mes de haute stature. Puis, viennent des formes de femmes, minces et gracieuses, alors que le m�dium est une personne de cinquante ans, dou�e d�un certain embonpoint. Dans le nombre, une forme masculine, grande et barbue. C�est Ellan, un Esprit � la voix forte, qui distribue de vigoureuses poign�es de main aux assistants. Cette main, press�e par celle du docteur Gibier, fond peu � peu sous son �treinte.

Ces apparitions se forment sous les yeux des exp�rimentateurs. On distingue d�abord un point n�buleux, brillant et mobile, qui s��tend et s�allonge en forme de colonne ; puis c�est un T. Celui-ci se change en un profil de femme voil�e. Enfin, une charmante figure de jeune fille, svelte, d�licate, se dessine, se condense. Elle se prom�ne parmi l�assembl�e, salue, serre les mains tendues vers elle. Apr�s quoi, l�apparition s��croule comme un ch�teau de cartes. Un instant, on aper�oit encore une t�te gracieuse �mergeant au-dessus du parquet, puis tout dispara�t. Au m�me instant, le docteur Gibier touche le m�dium qui est � sa place, li�, dans le cabinet. On fait la pleine lumi�re ; les rubans sont v�rifi�s, reconnus intacts ; il faut un certain temps pour les d�tacher.

Ces formes s�agitent et parlent. Elles donnent leurs noms : Blanche, L�lia, Musiquita, etc. Celle-ci joue d�une guitare. Toutes s�entretiennent avec les assistants ; leurs voix se font entendre de tous les points de la salle. Quant aux tissus dont les apparitions sont rev�tues, elles disent elles-m�mes les produire � l�aide d��l�ments emprunt�s aux v�tements du m�dium d�mat�rialis�s en partie. Dans une s�ance, l�Esprit de L�lia forme avec le souffle, sous les yeux des assistants, un tissu l�ger de gaze blanche, qui s��tend peu � peu et couvre toutes les personnes pr�sentes. C�est un exemple de cr�ation par la volont�, qui vient confirmer ce que nous disions au d�but de ce chapitre.

D�o� viennent ces apparitions et quelle est leur nature ? Le docteur Gibier va nous le dire : � Les fant�mes interrog�s d�clarent tous eux-m�mes �tre des entit�s, des personnalit�s distinctes du m�dium, des Esprits d�sincarn�s, qui ont v�cu sur la terre et dont la mission est de nous d�montrer l�existence de l�autre vie. �

Un d�tail, entre autres, fera voir que ces Esprits ont tout le caract�re humain. � Les formes �, dit Gibier, � se montrent tr�s timides au d�but et il faut gagner leur confiance. �

L�identit� d�un de ces Esprits a �t� �tablie d�une mani�re pr�cise. C�est celle de Blanche, parente d�funte de deux dames assistant aux s�ances ; elle �tait ni�ce de l�une et cousine de l�autre. Toutes deux ont pu l�embrasser � maintes reprises et s�entretenir avec elle en fran�ais, langue que le m�dium ne comprend pas.

Le docteur Gibier a remarqu� que les manifestations variaient d�intensit�, suivant le � volume de forces � fourni aux Esprits par le m�dium, et se produisaient, selon les cas, � une plus ou moins grande distance de la cage ou du cabinet o� celui-ci �tait assis.

Au cours d�une s�ance, un fait troublant se produisit. Le m�dium, entranc� et enferm� dans la cage, fut retrouv� en dehors, � la fin de la soir�e. D�apr�s les explications donn�es par l�Esprit Ellan, la porte de la cage avait �t� d�mat�rialis�e, puis reconstitu�e par les agents invisibles[12]. C�est l� un cas remarquable de d�sagr�gation et de reconstitution de la mati�re, qu�il �tait bon de signaler.

D�autres t�moignages, non moins importants, ont �t� recueillis par le Congr�s spiritualiste de 1900, � Paris.

Dans la s�ance du 23 septembre, le docteur Bayol, ex-gouverneur du Dahomey, s�nateur et pr�sident du Conseil g�n�ral des Bouches-du-Rh�ne, a expos� avec clart� les ph�nom�nes d�apparition observ�s, du 1er janvier 1899 au 6 septembre 1900, dans une ferme des Aliscamps, � Arles[13].

Nous avons visit�, depuis lors, le cimeti�re romain des Aliscamps (Champs-�lys�es), o�, parmi les ifs et les t�r�binthes, sous le ciel pur de la Provence, s�alignent de longues rang�es de sarcophages antiques. Nous avons vu la s�pulture d�Acella, dont il va �tre question, et lu l�inscription suivante : � A ma fille Acella, morte � 17 ans, la nuit m�me de ses noces. � C�est dans une ferme voisine, construite avec des pierres tombales, que se firent les exp�riences du docteur Bayol, en pr�sence de personnages �minents, tels que le pr�fet des Bouches-du-Rh�ne, un g�n�ral de division, le grand po�te Mistral, auteur de Mireille, des docteurs en m�decine, des avocats, etc.

Les ph�nom�nes commenc�rent par les mouvements d�une lourde table, qui roulait dans la pi�ce avec grand bruit. Puis, on vit des globes lumineux voltiger et se refl�ter dans les glaces, ce qui d�montrait bien leur objectivit�. Le docteur Bayol eut l�id�e d��voquer l�Esprit d�Acella, la jeune Romaine, morte au temps des Antonins. Une flamme apparut, vint � lui et se posa sur sa t�te. Il s�entretenait avec elle comme il l�e�t fait avec une personne vivante, et la flamme s�agitait d�une fa�on intelligente. Parfois, on voyait jusqu�� dix et douze flammes, qui paraissaient intelligentes ; la salle enti�re en �tait illumin�e.

� �tions-nous hallucin�s ? � se demande le docteur Bayol. � Nous �tions quelquefois dix-neuf et je crois qu�il est difficile d�halluciner un vieux colonial comme moi. �

Plus tard, � Eygui�res, Acella se rendit visible et donna une empreinte de son visage dans la paraffine, non pas en creux, comme se produisent habituellement les moulages, mais en relief. Puis ce furent des apports, des pluies de feuilles de rose, de feuilles de figuier, de laurier, remplissant les poches du narrateur. Un po�me fut dict� en langue proven�ale, et des m�lodies, tir�es d�une mandoline, sans contact apparent.

Les m�diums, gens illettr�s, obtinrent des ph�nom�nes d��criture en langue grecque. D�autres fois, c��taient des effets physiques d�une grande puissance. Un des m�diums fut projet� dans le vide, � une hauteur de 4 m�tres, et retomba sur une table sans se faire de mal.

� Mes exp�riences �, a dit le docteur Bayol dans son expos�[14], � ont �t� entour�es de toutes les pr�cautions possibles. Il y a en France une chose formidable, un monstre terrible, qui fait peur aux Fran�ais et qui s�appelle le ridicule. Vous permettrez � un vieux colonial comme moi de le braver. Je suis convaincu que j�ai raison et que je ne dois pas avoir peur de dire la v�rit�. �

Au cours des ann�es 1901 et 1902, toute la presse italienne s�est occup�e d�une s�rie de s�ances donn�es par le m�dium Eusapia Paladino, au cercle Minerva, � G�nes, en pr�sence des professeurs Lombroso, Morselli, F. Porro et du spirituel �crivain, connu dans toute la p�ninsule et fort sceptique � l�endroit du spiritisme : A. Vassalo, directeur du Secolo XIX.

Dix s�ances se succ�d�rent. Apr�s de nombreux ph�nom�nes physiques et plusieurs cas de l�vitation [15], des apparitions se form�rent. Voici comment M. Vassalo les d�crit dans son journal[16] :

� Le ph�nom�ne dure trop longtemps pour qu�il puisse �tre question d�hallucination partielle ou collective. Au-dessus de la t�te du m�dium se montre une main blanche qui salue tous les assistants. Pour d�velopper le ph�nom�ne, on �teint la lumi�re emp�chant la mat�rialisation. Imm�diatement, je ressens derri�re moi le contact ind�niable d�une personne ; deux bras m�entourent, avec passion et tendresse ; deux petites mains fluettes, proportionn�es � la main entrevue, me prennent la t�te en la caressant. Une lumi�re myst�rieuse m��blouit et je re�ois de longs et nombreux baisers, entendus de tous. Ce ne peut �tre que mon fils d�funt, Naldino, et maintenant que l�on allume une bougie, une silhouette se dessine � c�t� de moi, visible pour tous et repr�sentant exactement les traits de mon petit gar�on d�c�d�, cette forme demeure immobile pendant plusieurs secondes.

� La quatri�me s�ance nous montre le ph�nom�ne � son point culminant. Naldino appara�t de nouveau. D�abord, une longue embrassade, pendant laquelle je sens une fine forme de gar�on se presser contre moi. Puis, une multitude de baisers, per�us de tous, et des mots exprim�s en dialecte g�nois - le m�dium ne parle que le napolitain - que tous entendent et qui ont un timbre particulier, auquel je ne puis me tromper : � Papa moi ! papa caro ! � entrem�l�s d�expressions de joie � o dio ! �

� Tout � coup, le contact avec l�invisible et pourtant si visible semble vouloir s�effacer ; il semble s��vaporer, puis un nouvel embrassement. Je re�ois trois longs et passionn�s baisers, et la voix me dit : � Ceux-l� sont pour maman. � On nous engage � rallumer la lumi�re �lectrique et, comme si l�invisible voulait nous donner une derni�re preuve de sa pr�sence, un ph�nom�ne entrevu dans une s�ance pr�c�dente par le professeur Lombroso se renouvelle. Nous apercevons tous une forme humaine, ayant toute ressemblance avec celle d�j� d�sign�e, s�avancer vers moi, ouvrir les bras et m�entourer. Une de ses mains tient ma main droite, pendant que, de la main gauche, je tiens toujours le m�dium, qui, comme nous pouvons nous en assurer tous, repose sur sa chaise dans une hypnose profonde. �

Certains soirs, les apparitions sont multiples. Des profils indistincts, des contours de t�tes, des ombres obscures se dessinent sur un fond faiblement �clair� ; des fant�mes blancs, d�une extr�me t�nuit�, se montrent dans les parties t�n�breuses de la salle. Le professeur Morselli reconna�t l�ombre de sa petite fille, d�c�d�e � l��ge de onze ans. M. Bozzano sent une d�licate main de femme 1��treindre, le caresser ; deux bras entourent son cou. Une voix faible, mais distincte, prononce un nom qui est pour lui � une r�v�lation d�outre-tombe �. Pendant tout ce temps, le m�dium, �veill�, g�mit, implore ses amis invisibles, leur demande du secours. Ses souffrances deviennent telles qu�il faut suspendre les exp�riences.

Au cours d�une s�ance dirig�e par le docteur Morselli, professeur de psychologie � 1�Universit� de G�nes, pendant laquelle le m�dium, apr�s examen minutieux de ses v�tements, fut attach� sur un lit, cinq formes mat�rialis�es apparurent en demi-lumi�re. La derni�re �tait celle d�une femme envelopp�e de gaze transparente et portant dans ses bras un petit enfant. Une autre figure de jeune femme, dont l�ombre projet�e par la lumi�re du gaz se dessinait sur la muraille, salua et l�ombre suivit tous les mouvements de la forme[17].

Une vive pol�mique s�engagea entre plusieurs journaux au sujet de ces exp�riences. Dans une de ses r�pliques, le professeur Morselli s�exprimait ainsi : � Je d�clare que le spiritisme m�rite pleinement d��tre �tudi� par les savants et j�avoue que j�y crois enti�rement. Moi, le mat�rialiste obstin� ; moi, le directeur �nergique d�un journal intransigeant et positiviste, on voudrait me faire passer pour la victime d�une hallucination ou pour un cr�dule n�ophyte ! �            

A. Vassalo, dans une conf�rence, faite depuis � Rome, au local de l�Association de la presse, devant un public d��lite, sous la pr�sidence de M. Luzzatti, ancien ministre, a courageusement expos� tous les faits dont nous venons de parler et affirm� les apparitions de son fils d�funt.

Enfin, dans son ouvrage Hypnotisme et Spiritisme, traduction, Rossigneux, au chapitre intitul� : Fant�mes, C�sar Lombroso, le c�l�bre professeur de l�Universit� de Turin, apr�s avoir relat� les apparitions obtenues au cours des s�ances d�Eusapia, par Vassalo et Morselli, s�exprime ainsi :

� J�ai eu moi-m�me une apparition bien �mouvante. C��tait � G�nes, en 1882. Eusapia, � ce moment, ne semblait pas devoir donner grand�chose. La priant, tout au d�but, de faire mouvoir en pleine lumi�re un lourd encrier, elle me r�pond dans son langage vulgaire : � A quoi bon ces bagatelles, je suis capable de te montrer ta m�re. � Peu apr�s, dans la demi-obscurit� d�une lampe aux verres rouges, je vois se d�tacher du rideau une silhouette voil�e, assez petite comme l��tait ma pauvre m�re. Elle fait le tour complet de la table jusqu�� moi, me souriant et me disant des paroles que les autres entendent, mais que je ne puis saisir � cause de ma surdit�. Fortement �mu, je la suppli� de r�p�ter, et elle dit : C�sar, fio mio, ce qui, je l�avoue, me surprend assez, car elle avait plut�t coutume de dire, dans son langage v�nitien : mio fiol. Puis, sur ma pri�re, elle refait le tour de la table et m�envoie un baiser. A ce moment, Eusapia �tait bien tenue par ses deux voisins, et d�ailleurs sa taille d�passait d�au moins 10 centim�tres celle de ma m�re. Celle-ci m�apparut encore, moins distinctement, m�envoyant des baisers et me parlant, dans huit autres s�ances, en 1906 et 1907, � Milan et Turin. �

� Massaro, de Palerme, dans une s�ance � Milan, le 26 novembre 1906, vit appara�tre son fils, qui le saisit � pleins bras et l�embrassa. �

Les apparitions et mat�rialisations d�Esprits ne se comptent plus. Elles ont �t� observ�es en tous pays par de nombreux exp�rimentateurs. Moi-m�me, j�ai pu en constater une � Tours, que j�ai d�crite dans Christianisme et Spiritisme, p. 257. Dans ce cas, la forme �tait vague et sombre. Elle ne marchait pas ; elle glissait sur le parquet.

Parfois, les apparitions rev�tent tous les caract�res d�une id�ale beaut�. M. Georg Larsen, dans une lettre adress�e au journal su�dois Eko[18], d�crit l�apparition de son �pouse Anna, d�c�d�e le 24 mars 1899. Le ph�nom�ne eut lieu � Berlin, en 1901, en pr�sence de la princesse Karadja, de la comtesse de Moltke et d�autres personnes. Un proc�s-verbal fut �tabli et sign� par tous les assistants. M. Larsen s�exprime ainsi :

� Les rideaux s�ouvrirent, d�couvrant un spectacle merveilleux. Nous v�mes une femme �lanc�e, v�tue comme une mari�e, avec un long voile blanc tombant de la t�te aux pieds ; mais quel voile ! Il semblait tiss�, de rayons a�riens lumineux. Comme je reconnaissais le visage ! Il y a douze ans, je menais � l�autel cette femme, vivante alors ! Qu�elle �tait belle, avec le voile sur ses cheveux noirs et l��toile brillant au-dessus de sa t�te ! J�entendis autour de moi des exclamations d��tonnement. Mes yeux rest�rent fix�s sur le visage bien-aim� jusqu�� ce que les rideaux se refermassent de nouveau.

� Un instant apr�s, elle reparut, telle qu�elle �tait dans notre maison ; elle avan�a plus pr�s de moi et se tint les bras �tendus et lev�s. Ses cheveux noirs formaient le plus beau cadre autour de son visage ; elle avait les bras nus ; le corps svelte �tait drap� dans une longue robe d�un blanc de neige. Elle me regardait de ses yeux noirs lumineux ; je retrouvais son expression affectueuse, son attitude ; c��tait ma femme vivante ; mais l�apparition enti�re avait une beaut� et une harmonie exquises, un ensemble id�alis� que ne poss�de pas un �tre de la terre. Je murmurai son nom. Le sentiment d�un bonheur inexprimable s�emparait de moi. Elle glissa silencieusement dans le cabinet, dont les rideaux se referm�rent. La chambre �tait bien �clair�e ; les assistants �taient calmes et s�rieux ; le m�dium resta visible dans son fauteuil, � c�t� et pendant tout le temps de l�apparition. �

Sur la demande de M. Larsen, un morceau du voile lui fut laiss�. Il est encore entre ses mains. Ce voile, dit-il, d�un tissu d�licat, a �t� tiss� avec la m�me mati�re que l�Esprit emploie pour se rendre visible et qui tire son origine des radiations du corps humain.

Dans leur critique des ph�nom�nes d�apparition, les d�tracteurs du spiritisme ont souvent recours � la th�orie de l�hallucination. C�est l� une explication aussi vague que commode, et plut�t un mot vide, destin� � dissimuler la p�nurie d�arguments de contradicteurs aux abois.

Il faudrait d�abord pr�ciser ce qu�est l�hallucination. C�est, nous dit-on, une erreur des sens. Mais le champ de nos perceptions est si limit� ; tant de choses, dans la nature, �chappent � nos sens imparfaits, que nous ne savons jamais, dans les cas contest�s, s�il ne s�agit pas d�objets per�us par des sens plus subtils, plus affin�s que ceux de la g�n�ralit� des hommes.

Nous l�avons vu, un grand nombre de manifestations spirites s�appuient sur des photographies ou des moulages, qui, en confirmant leur authenticit�, �cartent toute possibilit� d�erreur.

Aksakof a obtenu des photographies d�une forme d�Esprit mat�rialis�, qui soutenait dans ses bras le m�dium Eglinton, profond�ment entranc� et dans un �tat complet d��puisement. Tous les assistants distinguaient l�apparition, de haute taille, � barbe noire, aux yeux per�ants[19].

Chez Mme d�Esp�rance, � Gothembourg, en 1897, de nombreuses photographies d�Esprits furent obtenues en pr�sence d�Aksakof et d�autres exp�rimentateurs[20].

Des moulages de membres mat�rialis�s sont obtenus dans la paraffine fondue, moulages au moyen desquels on fait ensuite un mod�le en pl�tre reproduisant en relief, avec une exactitude parfaite, tous les d�tails anatomiques de la forme.

Les mains, moul�es � l�aide de ce proc�d�, n�ont pas de rapport avec celles des m�diums. Le professeur de g�ologie Denton en a obtenu de diff�rentes grandeurs, depuis des mains gigantesques, d�passant les dimensions de mains humaines, jusqu�� des doigts de petit enfant. Par mesure de contr�le, les exp�riences furent faites dans une caisse ferm�e � clef et cachet�e, examin�e au pr�alable par tous les assistants. L�op�ration eut lieu en pleine lumi�re, le m�dium �tant constamment observ�, et des proc�s-verbaux furent sign�s par les exp�rimentateurs ; parmi ceux-ci se trouvaient le professeur Denton, le docteur Gardner, le colonel Cope, Epes Sargent, homme de lettres bien connu aux Etats-Unis, etc.[21]

Les m�mes exp�riences furent faites, avec les m�mes r�sultats, par M. Reimers, de Manchester. L�, le m�dium a la t�te et les mains enferm�es dans un sac de tulle nou� � la ceinture. Les agents occultes sont visibles en m�me temps que le m�dium. Dans une s�ance, on voit simultan�ment ce dernier et quatre formes mat�rialis�es, chacune ayant ses traits particuliers qui la distinguent des autres figures. Elles se pr�sentent aux assistants apr�s l�op�ration du moulage et les invitent � retirer eux-m�mes les gants de paraffine de leurs mains ou de leurs pieds mat�rialis�s[22].

Toute supercherie est d�ailleurs rendue impossible par le fait que la paraffine �tant bouillante, aucune main humaine n�en pourrait supporter la temp�rature excessive. Une main humaine ne saurait se d�tacher du moule sans en briser, ou tout au moins sans en endommager la forme d�licate et tr�s friable, tandis que la main occulte semble se d�mat�rialiser dans le moule m�me.

E. Bozzano, dans les Annales des Sciences psychiques de janvier 1910, publie un extrait des s�ances organis�es en Norv�ge, en 1893, avec Mme d�Esp�rance, par un groupe d�exp�rimentateurs �minents. Ces s�ances avaient lieu chez le professeur Herr E. ; la forme de � N�phent�s � s�y manifesta presque chaque fois. C��tait une forme de femme de la plus grande beaut� ; elle se montrait � la lumi�re en m�me temps que le m�dium, � qui �tait �veill� et se tenait assis avec les exp�rimentateurs en dehors du cabinet �. Elle se mat�rialisait au milieu du cercle ; elle se pr�tait tant�t � se faire photographier, tant�t � �crire sur le carnet de l�un des assistants, tant�t � fournir le mod�le de sa propre main en la plongeant dans la paraffine liqu�fi�e. Cette derni�re exp�rience est ainsi racont�e dans le Journal de la baronne Peyron :

� Le l�ger bruit produit par la main qui se plongeait dans le liquide et en sortait, continua pendant quelques minutes dans l�ombre des rideaux, taudis que nous apercevions compl�tement la forme, blanche pench�e sur le r�cipient. Puis � N�phent�s � se redressa et se tourna vers nous, regardant autour d�elle jusqu�� ce qu�elle aper��t Herr E. assis derri�re un autre exp�rimentateur qui le cachait � moiti� ; alors elle s�avan�a vers lui, suspendue en l�air, en lui tendant un objet � Elle me tend un morceau de cire ! � s��cria-t-il ; puis, se reprenant : � Non, c�est le mod�le de sa main ; il la recouvre � jusqu�au poignet; sa main se dissout � l�int�rieur du mod�le. � Tandis qu�il parlait encore, la forme glissait tranquillement vers le cabinet, laissant le mod�le de paraffine entre les mains de Herr E. - On avait obtenu enfin le ph�nom�ne tant d�sir� ! - La s�ance achev�e, on examina le moule. Ext�rieurement, il paraissait informe, grumeux, form� d�un grand nombre de couches superpos�es de paraffine ; on apercevait � l�int�rieur l�empreinte de tous les doigts d�une main extr�mement petite. - Le jour suivant, nous la port�mes chez un modeleur, pour lui en faire extraire le jet. Sa stup�faction et celle de ses ouvriers fut telle, qu�ils consid�r�rent cet objet comme une oeuvre de sorcellerie. Le travail ex�cut�, nous p�mes admirer une main tr�s petite et compl�te jusqu�au poignet ; tous les d�tails des ongles et de la peau apparaissaient ; les doigts se pr�sentaient courb�s de telle mani�re qu�une main humaine n�aurait pas pu s�en retirer sans briser le mod�le. �

Les mat�rialisations de membres fluidiques peuvent quelquefois s�expliquer par un d�doublement partiel de l�organisme du m�dium. Aksakof a obtenu un moulage du pied de la forme d�doubl�e d�Eglinton[23]. On a constat� �galement que les mains ext�rioris�es d�Eusapia Paladino laissaient des empreintes � distance dans des substances molles.

De ces faits, on a cru pouvoir d�duire que les apparitions de fant�mes ne sont que des d�doublements du m�dium. Cette explication est inadmissible, puisque, nous l�avons vu, en pr�sence d�un seul m�dium, on a pu compter jusqu�� cinq ou six Esprits mat�rialis�s, de sexes diff�rents, dont plusieurs parlaient des langues �trang�res, inconnues du sujet. M�me dans les cas d�apparitions isol�es, les formes mat�rialis�es diff�rent totalement du m�dium, physiquement et intellectuellement, comme le d�montrent les cas cit�s.

Aksakof est port� � croire que ces formes ne sont pas les reproductions de celles que rev�taient les Esprits dans leurs existences terrestres ; ce sont plut�t des formes de fantaisie, cr��es par les agents invisibles, ne se renfermant pas dans ces formes, mais les animant du dehors. Cette explication, dit-il, serait donn�e par les Esprits eux-m�mes[24].

Cette th�orie, si elle s�applique aux ph�nom�nes de Gothembourg, ne para�t pas pouvoir �tre �tendue � tous les cas de mat�rialisation, par exemple, aux faits observ�s par Crookes, Wallace, Gibier, etc. En effet, si l�Esprit peut cr�er des formes mat�rielles qui sont de simples images, il peut aussi bien concr�ter sa propre enveloppe de fa�on � la rendre visible. Le ph�nom�ne des mat�rialisations s�explique d�une fa�on rationnelle et satisfaisante par le fonctionnement du p�risprit. Cette enveloppe fluidique de l��me est comme un dessin, un canevas sur lequel la mati�re s�incorpore, se concr�te, par accumulations successives des mol�cules, jusqu�au point de reconstituer un organisme humain.

Ainsi, avec Katie King, l�Esprit mat�rialis� est une femme terrestre ; elle respire, son c�ur bat ; elle poss�de tous les caract�res physiologiques d�un �tre vivant[25].

Dans les moulages en paraffine obtenus par Z�llner, Denton, etc., moulages ou empreintes de mains, pieds et visages, les moindres d�tails de la peau, des os, des tendons, sont reproduits avec une exactitude rigoureuse. Les docteurs Nichols et Friese recueillirent, en pr�sence de douze t�moins, le moulage d�une main d�enfant, avec un signe particulier, une l�g�re difformit�, qui permit � une dame pr�sente, de reconna�tre la main de sa fille, morte � l��ge de cinq ans[26]

De tout ceci, il ne faudrait pas d�duire que l�Esprit conserve dans l�espace les imperfections physiques ou les mutilations de son corps terrestre. Ce serait une erreur absolue, car le t�moignage unanime des d�sincarn�s nous apprend, qu�il en est tout autrement. Dans l�Au-del�, le p�risprit n�est jamais infirme ou mutil�.

� Lorsque l�Esprit veut se mat�rialiser �, dit G. Delanne[27], il est oblig� de remettre en action le m�canisme p�risprital, et celui-ci reconstitue le corps avec les modifications que ce corps avait �prouv�es pendant le s�jour de l�Esprit sur la terre. � Le r�cit suivant, communiqu� au journal Facts par M. James, M. N. Sherman, de Rumfort (Rhode Island), et reproduit dans le Light de 1885, p. 235, est un nouvel exemple de la loi de conservation des formes �volu�es par l��tre pendant son passage ici-bas :

� Dans ma jeunesse, entre 1835 et 1839, je me rendis dans les �les du Pacifique. Il y avait � bord de notre navire des indig�nes, avec lesquels j�appris assez bien leur langage. Plus tard, le 23 f�vrier 1883, j�assistai � une s�ance chez Mrs. Allens, � Providence (Rhode Island), pendant laquelle un indig�ne des �les du Pacifique se mat�rialisa ; je le reconnus par la description qu�il fit de sa chute du bastingage dans laquelle il se blessa au genou, qui resta tum�fi� par la suite. A cette s�ance, il pla�a la main sur son genou, qui se trouva mat�rialis� avec cette m�me tum�faction endurcie qu�il avait durant sa vie. A bord, on l�appelait Billie Marr. �

Les �l�ments des mat�rialisations, avons-nous dit, sont emprunt�s temporairement aux m�diums et aux autres personnes pr�sentes. Leurs radiations, leurs effluves sont condens�s par la volont� des Esprits, d�abord en amas lumineux, puis, � mesure que la concr�tion augmente, la forme se dessine, devient de plus en plus visible. Ce ph�nom�ne est toujours accompagn�, dans les s�ances, d�une sensation de froid, indice d�une d�perdition de force et de chaleur : chaleur et lumi�re n��tant, on le sait, que des modes vibratoires, plus ou moins intenses, de la m�me substance dynamique, dans une p�riode de temps uniforme. Pour les m�diums, cette d�perdition est consid�rable et se traduit par des diff�rences de poids tr�s sensibles.

W. Crookes l�a constat� pendant les mat�rialisations de Katie King, au moyen de balances munies d�appareils enregistreurs. Voici ce que dit � ce sujet Mme Fl. Marryat :

� J�ai vu Florence Cook sur une balance construite sp�cialement par M. Crookes ; elle �tait derri�re le rideau, tandis que le balancier restait en vue. Dans ces conditions, le m�dium, qui pesait 80 livres dans son �tat normal, en pesait � peine 40 d�s que la forme de Katie �tait compl�tement mat�rialis�e. �

Dans les exp�riences de MM. Armstrong et Reimers, faites � Liverpool, avec le concours des m�diums miss Wood et Fairlamb, on proc�da au pesage des m�diums et des formes apparues, et l�on put constater que le poids perdu par les sujets se retrouvait dans les apparitions mat�rialis�es[28].

Pendant toute la dur�e de ces ph�nom�nes, les m�diums sont plong�s dans une trance profonde, semblable � la mort. Leur corps est rapetiss� ; les v�tements flottent autour d�eux ; les peaux pendent, flasques et vides, et forment de v�ritables sacs[29].

Les autres assistants ressentent aussi une diminution de force et de vie. M. G. Larsen le constate apr�s l�apparition de sa femme[30] :

� J�ai d� contribuer � sa mat�rialisation, car, le lendemain, j��tais bien fatigu� ; mes yeux ternes, mes cheveux et ma barbe ayant quelque peu blanchi. Il est �vident que beaucoup de force physique m�avait �t� soustraite. En peu de jours, mon corps reprit sa vigueur, mais cela prouve que les personnes dou�es de pouvoirs m�dianimiques doivent prendre des pr�cautions. �

Mme Fl. Marryat rend compte d�une s�ance qui eut lieu dans l�appartement du m�dium Eglinton, � Londres, le 5 septembre 1884, en pr�sence des colonels Stewart et Lean, de M. et Mme Russell-Davies, M. Morgan et d�elle-m�me, et o� les Esprits montr�rent aux exp�rimentateurs de quelle fa�on ils s�y prenaient pour se construire un corps aux d�pens du m�dium[31] :

� Eglinton se montra d�abord en pleine trance au milieu de nous. Il entra � reculons, les yeux ferm�s, la respiration haletante, semblant lutter contre la force qui le poussait vers nous. Une fois l�, il s�appuya contre une chaise et l�on vit sortir de son flanc gauche une sorte de vapeur, masse nuageuse comme de la fum�e. Ses jambes �taient �clair�es par des lueurs qui les parcouraient en tous sens. Un voile blanc s��tendait au-dessus de sa t�te et de ses �paules. La masse vaporeuse allait toujours en augmentant et l�oppression du m�dium devenait plus intense, tandis que des mains invisibles, retirant de son flanc des flots d�une sorte de gaze l�g�re, les accumulaient � terre par couches superpos�es. Nous suivions avec une attention passionn�e les progr�s de ce travail. Tout � coup la masse s��vapora, et, en un clin d��il, un Esprit parfaitement form� se trouva aux c�t�s d�Eglinton. Personne ne pouvait dire ni comment, ni d�o� il �tait venu au milieu de nous, mais il y �tait. Eglinton s�affaissa sur le parquet. �

Non seulement des emprunts consid�rables sont faits au corps du m�dium, mais, dans certains cas, celui-ci est soumis � une d�sagr�gation presque totale. Dans les exp�riences dirig�es par Aksakof, chez Mme d�Esp�rance, � Gothembourg, on constata une chose stup�fiante. Le corps du m�dium, isol� dans le cabinet noir, avait � moiti� disparu. D�sagr�g�s et rendus invisibles par un myst�rieux pouvoir, ses �l�ments avaient servi aux mat�rialisations des Esprits Anna, Yolande et Leila. Ils �taient pass�s temporairement dans les formes fantomales pour revenir ensuite � leur �tat primitif, ayant conserv� toutes leurs propri�t�s et sans que le m�dium en ait eu conscience[32].

Un fait semblable fut constat� par le colonel Olcott, dans des conditions de contr�le rendant toute fraude impossible[33].

Le m�dium, Mme Compton, dont on avait enlev� les boucles d�oreille, fut attach� sur une chaise au moyen de fil tr�s fort, pass� dans les trous des lobes de ses oreilles et scell� au dossier de la chaise, en imprimant sur la cire � cacheter le sceau personnel du colonel. En outre, la chaise fut fix�e au parquet par une ficelle et de la cire. L�Esprit d�une petite fille, Katie Brink, apparut, v�tu de blanc, fit le tour du cercle et toucha plusieurs personnes. Invit� � se laisser peser, il s�y pr�ta de bonne gr�ce et le poids constat� fut de 77 livres anglaises.

� Je p�n�trai dans le cabinet �, dit le colonel, � tandis que la petite fille �tait encore dans la chambre ; je n�y trouvai point le m�dium ; la chaise �tait vide ; il n�y avait dessus aucune esp�ce de corps. Alors j�engageai la jeune fille � se rendre plus l�g�re, si c��tait possible, et � remonter sur le plateau de la balance. Son poids �tait descendu � 59 livres. Elle reparut encore, s�en fut d�un spectateur � l�autre, s�assit sur les genoux de Mme Hardy et, finalement, se pr�ta � une derni�re pes�e, qui ne donna plus que 52 livres, bien que, du commencement � la fin de ces op�rations, aucun changement ne f�t survenu dans l�apparence de sa forme corporelle.

� Ce dernier pesage accompli, l�Esprit ne reparut plus. Je p�n�trai avec une lampe dans le cabinet et j�y trouvai le m�dium tel que je l�avais laiss� au d�but de la s�ance, attach� avec ses fils et ses cachets de cire intacts. Il �tait assis, la t�te appuy�e contre un des murs ; sa chair p�le �tait froide comme du marbre ; ses pupilles relev�es sous les paupi�res, le front couvert d�une sueur froide, il �tait sans pouls et presque sans respiration. Elle resta vingt minutes en catalepsie ; puis la vie rentra peu � peu dans son corps et elle revint � son �tat normal ; mise sur le plateau de la balance, elle pesa 121 livres. �

Le v�n�rable archidiacre Colley, recteur de Stockton, donna � Weymouth, le 6 octobre 1905, une conf�rence sur le spiritisme, durant la semaine du Congr�s de l��glise anglicane. Cette conf�rence fit beaucoup de bruit en Grande-Bretagne ; elle a �t� depuis publi�e en brochure, et nous croyons int�ressant d�en reproduire les passages suivants

� Voici, dit l�auteur, un extrait de mon journal, 28 d�cembre 1877[34] : Cinq parmi nous se trouvaient, cette nuit, avec notre distingu� m�dium[35], dans mon appartement, 52, Bernard street, Russel square, Londres. La premi�re forme humaine anormale qui se pr�senta dans cette circonstance fut celle d�un petit gar�on, pareille � celle de tout enfant anglais �g� de six ou sept ans. Cette petite personne, � la vue de tous (trois becs de gaz �taient compl�tement ouverts), se reconstitua devant nous.

� Pour ne pas r�p�ter tant de fois sans n�cessit� comment ces merveilles se produisent, je dirai une fois pour toutes que l�apparition de nos amis psychiques avait lieu de la mani�re suivante : Je me tenais habituellement � c�t� du m�dium entranc�, en le soutenant de mon bras gauche, de telle mani�re que j��tais dans les meilleures conditions possibles pour observer ce qui se passait.

� Quand nous attendions une mat�rialisation (et parfois, tout � coup, lorsqu�il n�y avait aucune attente du grand enfantement psychique), on voyait s��lever comme de l�ouverture d�une chaudi�re, � travers le v�tement noir du m�dium, un peu au-dessous de son sein gauche, un filament vaporeux, qui restait � peine visible tant qu�il n��tait qu�� un pouce ou deux du corps de notre ami.

� Alors, ce filament constituait peu � peu une esp�ce de nuage, d�o� sortaient nos visiteurs psychiques, en se servant apparemment de cette vapeur fluidique pour former les amples habillements blancs dont ils �taient entour�s...

� Or, la forme enfantine qui se trouvait devant nous d�une mani�re anormale, tout habill�e de blanc, avec de beaux cheveux d�or, avait toute la mani�re d�agir de l�enfance humaine ; il frappait de ses petites mains, il tendait sa bouche pour recevoir des baisers par chacun de nous ; parlait d�une mani�re enfantine avec un l�ger z�zaiement ; le m�dium, comme un fr�re alli�, lui donnait des instructions et l�envoyait, par-ci par-l�, apporter telle et telle chose d�un c�t� � l�autre de la chambre - ce que l�enfant faisait d�une fa�on naturelle. Enfin, en se rapprochant avec abandon et confiance de l�auteur de son existence momentan�e, la fine cr�ature fut graduellement absorb�e par lui, et disparut en se fondant de nouveau dans le corps de notre ami.

� Puis vint le tour de l��gyptien, notre ami, � le Mahedi �. La couleur bronz�e de la peau de notre anormal visiteur, qu�il m��tait permis d�examiner de pr�s avec une loupe, par laquelle j�observais avec soin la chair, les ongles, les petites mains, les pieds, les chevilles, les bras et les jambes basan�s et velus ; les traits mobiles du visage, o� brillait de temps en temps une expression de sphynx ; le nez accentu�, le contour g�n�ral du visage, le profil r�gulier, les yeux noirs, le regard per�ant, mais non sans bienveillance, les cheveux noirs, longs et plats avec les moustaches et la barbe longues et pendantes ; les membres nerveux et musculeux ; la grande taille de plus de deux m�tres, tout cela confirmait mes premi�res impressions que le � Mahedi � �tait un Oriental, mais pas de l�Inde ni de l�extr�me Orient.

� Mon examen fait tout � loisir, � cette occasion, �tait r�p�t� plusieurs fois, et j��tais conscient d�un sentiment d�amusement chez notre ami myst�rieux, en pr�sence de mon importune dissection de sa robuste personne physico-psychique.

� Pour �tre l�archev�que de Canterbury, je ne retrancherais pas un seul mot de ce que j�ai �crit des choses vues et report�es, pour la premi�re fois, il y a de longues ann�es, et que j�ai m�dit�es en silence pendant vingt-huit ans.

� J�affirme la v�rit� de ces choses en engageant ma parole de clergyman, et pour elles j�ai mis en p�ril ma position eccl�siastique et mon avenir professionnel. �

Aux mat�rialisations d�Esprits, viennent parfois s�ajouter des cr�ations spontan�es de plantes, des apports de fleurs et de fruits.

Le 28 juin 1890, sous les yeux d�Aksakof et du professeur Boutleroff, chez Mme d�Esp�rance, � Gothembourg, un lis d�or de six pieds de haut fut pr�sent� par l�Esprit Yolande. Avec le concours des assistants, cet Esprit d�posa du sable, de la terre et de l�eau dans un vase, qu�il recouvrit ensuite de son voile. Celui-ci s��leva lentement, soulev� d�une fa�on continue par un objet invisible ; et lorsque Yolande l�enleva, on vit appara�tre une belle plante couverte de fleurs, d�gageant un parfum p�n�trant. Ce lis d�or subsista pendant toute une semaine ; apr�s quoi, il disparut myst�rieusement, comme il �tait venu[36].

Nous venons de voir les Esprits � l��uvre dans la cr�ation d�objets et de fleurs. Ils agissent de m�me dans la formation des v�tements, costumes et attributs dont ils paraissent rev�tus. Ce fait que les Esprits se montrent costum�s a soulev� des objections nombreuses, et il importe d�y r�pondre.

Rappelons d�abord qu�en principe la pens�e et la volont� sont cr�atrices. Nous avons d�j� vu, dans les apparitions, comment la mati�re subtile ob�it � leurs moindres impulsions. Un Esprit peut agir sur les fluides et leur pr�ter des formes et des propri�t�s accommod�es au but qu�il poursuit.

Dans le domaine terrestre, cette action se r�v�le d�j� dans les pratiques du magn�tisme. L�homme dou� du pouvoir de gu�rir communique, par la volont�, aux effluves qui �manent de lui, et, par extension, � l�eau et � certains objets mat�riels, tels que linges, m�taux, etc., des propri�t�s curatives. Sous d�autres formes, les ph�nom�nes de l�hypnotisme et de la suggestion nous montrent l�application de cette m�me loi. Par la suggestion, on provoque, dans l�organisme de sujets endormis, des modifications profondes ; on peut faire appara�tre ou cicatriser des plaies, des stigmates, des br�lures, r�gler certaines fonctions, telles que la circulation, les s�cr�tions, etc., qui sont, dans l��tat normal, soustraites � l�influence de la volont�.

Il est des cas o� un exp�rimentateur, sugg�rant � des sujets qu�un timbre-poste, un pain � cacheter, sont des v�sicatoires, transmet par la pens�e � ces objets inoffensifs une force qui soul�ve la peau et produit des s�rosit�s. D�autres ont provoqu�, par ordre, des h�morragies cutan�es[37].

Par la suggestion, qui est, surtout, un acte de la volont�, on a pu non seulement impressionner des sensitifs, mais aussi causer en eux de v�ritables d�sordres, par l�absorption de liquides anodins, auxquels on pr�te des propri�t�s malfaisantes. C�est ainsi qu�on provoque l�ivresse avec de l�eau claire. Chose plus grave, on a fait absorber � un sujet un poison imaginaire, et ce poison, malgr� une suggestion contraire presque imm�diate, a caus� des ravages physiologiques qui ruin�rent pour longtemps sa sant�. Le proc�s-verbal de cette exp�rience existe � la Salpetri�re[38].

Il faut ajouter � ces exemples les impressions ressenties par des femmes en �tat de grossesse et se traduisant, sur le corps de l�enfant qu�elles portent, par des tares, des taches, des d�formations. L�influence de ces �motions est parfois tr�s vive. Le docteur Goudard, dans une communication � la Soci�t� des �tudes psychiques de Marseille[39], rapporte le fait suivant :

� Un homme cultiv�, sorti d�une de nos grandes �coles, fut op�r�, dans son enfance, d�un pouce double de chaque c�t�, simulant une pince de crustac� et attribu� � ce fait que, durant la grossesse, sa m�re avait eu la main fortement pinc�e par un homard. Une autre m�re, vivement frapp�e � la vue d�une gargouille, accoucha d�un f�tus dont la t�te avait une �trange similitude d�aspect avec cette gargouille. �

Un cas remarquable a �t� publi� par le Matin du 4 juillet 1903 :

� Une jeune femme de dix-neuf ans, Louise Mirbel, avait v�cu longtemps avec un nomm� Pierre Chauvin, �g� de vingt-sept ans, dit � le Tatou� �. Cet individu �tait c�l�bre dans un monde sp�cial de Montparnasse par la superbe s�rie de tatouages qui ornait son corps. Brutal et ivrogne, il battait sa ma�tresse, qui n�osait le quitter par crainte de ses repr�sailles. Il y a une quinzaine de mois, P. Chauvin fut arr�t� � la suite d�un vol et condamn� � quelques mois de prison. Louise Mirbel profita de l�occasion pour s�enfuir. Bien r�solue � quitter la vie honteuse qu�elle menait, elle vint habiter le quartier Picpus, o� elle fit la connaissance d�un brave terrassier, Jean Barrau, qui l��pousa. Un jour, elle sentit qu�elle serait bient�t m�re. Une crainte pourtant restait en elle.

� - Vois-tu, r�p�tait-elle souvent � son mari, j�ai peur que cet individu, qui abusa de l�inexp�rience de ma jeunesse, ne vienne un jour � me retrouver. Je tremble pour toi et pour moi, car le � Tatou� � est terrible dans ses vengeances.

� J. Barrau s�effor�ait d�apaiser ses terreurs, mais en vain. La nuit, la pauvre fille voyait en r�ve son ancien amant, et elle se r�veillait toute tremblante. Un matin, elle dit � son mari :

� - J�ai fait cette nuit un r�ve horrible. Il me semblait que � le Tatou� � �tait l�. Je venais de mettre au monde notre enfant. Il le pressait dans ses bras et lui dessinait sur le corps tous les tatouages qu�il porte lui-m�me.

� - Tu es folle, ma pauvre amie, r�pondit J. Barrau... Oublie donc cet homme. Je te r�ponds qu�il ne te retrouvera jamais...

� Or, hier matin, Louise Mirbel mit au monde un fils. Qu�on juge de la stup�faction de ceux qui l�assistaient, en voyant sur le corps de l�enfant il a de larges taches bleu�tres, dans lesquelles on remarquait ais�ment des traces de lettres et de dessin. Sur la poitrine, on apercevait tr�s distinctement un c�ur que transperce un poignard. �

Dans son livre : la Zone fronti�re (p. 131), M. Sage relate deux autres faits :

� En Italie, une chauve-souris s��tant �gar�e dans une salle de bal, les dames se pr�cipit�rent pour la chasser avec leurs mouchoirs ; la malheureuse bestiole se laissa choir sur l��paule nue d�une de ces dames, qui en eut une syncope. Peu apr�s, cette dame mit au monde une fille qui portait sur l��paule l�image parfaite d�une chauve-souris avec les ailes �tendues. Tout y �tait : les poils gris, les griffes, le museau. La jeune fille devenue grande ne put jamais se d�colleter.

� Les impressions faibles, quand elles durent, produisent le m�me r�sultat que les impressions soudaines et violentes. Li�bault raconte qu�un vigneron ressemblait d��tonnante fa�on � la statue du saint patron de son village, qui se trouvait � l��glise. Pendant sa grossesse, la m�re avait eu une id�e fixe que son enfant ressemblerait � ce saint. �

On le voit, chez l��tre humain, la pens�e et la volont� influent profond�ment sur l�organisme et ses fonctions. En d�autres cas, notre pens�e peut acqu�rir assez d�intensit� pour cr�er des formes, des images susceptibles d�impressionner des plaques photographiques. Les exemples sont nombreux.

Aksakof rapporte[40] qu�au cours d�exp�riences photographiques faites chez Mumler et le docteur Child, en 1862, on obtint sur une plaque l�image d�une dame qui d�sirait ardemment appara�tre avec une guitare dans ses bras. La forme d�sir�e apparut. Depuis lors, ces cas se sont multipli�s. Dans les exp�riences de suggestion, on a souvent cr�� par la pens�e des objets, qui, pour les sensitifs, avaient une existence r�elle et �taient soumis aux lois de l�optique.

Il n�est m�me pas n�cessaire que l�action soit voulue. Souvent, comme dans les cas de grossesse que nous avons indiqu�s, la pens�e est inconsciente, et elle n�en produit pas moins des effets tr�s sensibles sur la mati�re. De m�me, chez les vivants ext�rioris�s qui apparaissent � distance. Il suffit que leur pens�e se soit port�e vers une personne �loign�e, pour que leur forme se dessine � la vue de celle-ci de fa�on � �tre reconnue.

Si l�homme peut r�aliser mentalement de tels effets, quels r�sultats l�Esprit, d�gag� de toute entrave charnelle, n�obtiendra-t-il pas, lui dont la pens�e vibre avec une intensit� bien sup�rieure ?

Non seulement l�Esprit commande aux �l�ments subtils de la mati�re, de fa�on � impressionner la plaque sensible et les organes des voyants, mais, dans les apparitions visibles pour tous, il peut encore reproduire, par la volont�, les formes et les costumes qu�il a rev�tus sur la terre et permettant de le reconna�tre. C�est l�, en effet, le but essentiel de ces manifestations. De l�, les draperies, v�tements, armes et attributs dont les apparitions sont pourvues.

Presque toujours, ces accessoires n�ont ni consistance, ni dur�e. Il peut arriver cependant que l�Esprit concentre assez de puissance pour concr�ter des objets, au point de les rendre tangibles et durables.

Certains Esprits peuvent modifier leur aspect avec une facilit� prodigieuse, sous les yeux m�mes des assistants. Voici un cas qui semble donner raison � l�hypoth�se d�Aksakof, formul�e plus haut.

M. Brakett rapporte[41] que, dans une s�ance de mat�rialisations, on vit appara�tre l�Esprit d�un grand jeune homme, se disant le fr�re d�une dame qu�il accompagnait. Celle-ci fit observer qu�elle ne pouvait le reconna�tre, ne l�ayant vu qu�enfant. Peu � peu, la figure diminua de taille jusqu�� ce qu�elle e�t atteint celle du petit gar�on que la dame avait connu.

Rappelons aussi le cas d�Emma Hardinge, signal� par M. Colville ; elle apparut dans le costume de reine des f�es qu�elle avait port� longtemps auparavant, dans sa jeunesse[42].

Dans ce cas, comme dans certains autres, l�apparition ne para�t �tre qu�une simple image mentale ext�rioris�e par l�Esprit, et qui acquiert assez de consistance mat�rielle pour �tre per�ue par les sens.

Parfois, les Esprits donnent aux formes rev�tues l�aspect le plus enchanteur. Robert Dale Owen, ministre des �tats-Unis � la cour de Naples, dans son ouvrage, Territoire contest�[43], d�crit l�apparition d�une forme f�minine :

� Son �clat �tait comparable � celui de la neige nouvelle sous un rayon de soleil, rappelant ce que l�on a dit du v�tement de lumi�re du Christ dans la transfiguration, ou encore l��clat du marbre de Paros, le plus pur et le plus fra�chement taill�, sous le jet d�une vive lumi�re. �

Ne pourrait-on assimiler � des manifestations de ce genre les apparitions dites � miraculeuses � de vierges, d�anges et de saints, qui, d�s lors, trouveraient l� une explication rationnelle ?

En r�sum�, on peut dire que les modes d�action de l�Esprit varient suivant les ressources offertes par les milieux o� il op�re. Les ph�nom�nes de mat�rialisation doivent �tre class�s en trois ordres :

D�abord, les cas o� le double du m�dium ext�rioris� est utilis� et modifi� par l�Esprit, au point de reproduire l�aspect que celui-ci avait sur la terre et m�me les traits de sa physionomie. L�Esprit, par la volont�, se refl�te, se photographie dans la forme fluidique du m�dium ; c�est une transfiguration plus ou moins compl�te, selon le pouvoir du manifestant. Aussi, dans certaines exp�riences, l�apparition conservera quelque ressemblance avec le m�dium.

En d�autres cas, l�Esprit, � l�aide des fluides ambiants, cr�e des formes temporaires qu�il anime et dirige du dehors, sans s�incorporer, comme Aksakof l�a observ�.

Enfin, il y a les cas, plus nombreux, o� l�Esprit concr�te et mat�rialise sa propre enveloppe fluidique, au point de repara�tre tel qu�il �tait dans sa pr�c�dente existence terrestre. La mat�rialisation serait alors une sorte de r�incarnation passag�re.

Le r�le des m�diums, diff�re essentiellement, selon ces cas. Ils passent par tous les degr�s de la trance, suivant la somme des emprunts qui doivent leur �tre faits. Parfois m�me, comme chez Mme d�Esp�rance et Mme Compton, l�emprunt est presque total. En d�autres circonstances, les Esprits apportent avec eux presque tous les �l�ments de la mat�rialisation, et le m�dium reste �veill�.

L��tude des forces en action dans ces ph�nom�nes nous montre de quels secours peuvent �tre la musique et les chants. Leurs vibrations harmoniques facilitent la combinaison des fluides. Dans un sens oppos�, nous avons constat� l�influence d�favorable de la lumi�re ; elle produit un effet dissolvant sur les fluides en travail et n�cessite un d�ploiement plus consid�rable de force psychique. De l�, la raison d��tre des s�ances obscures, au moins au d�but des essais.

Tous ceux qui ont observ� la nature savent que les ondes lumineuses troublent la formation de l��tre dans sa p�riode de gestation. Tout germe, tout corps, soit v�g�tal, animal ou humain, doit se constituer dans les t�n�bres avant de para�tre au jour. La photographie est forc�e d�op�rer dans des conditions analogues. La reproduction des images n�cessite l�obscurit�. Il en est de m�me des formations temporaires d�Esprits. C�est pourquoi on dispose des cabinets obscurs dans les salles d�exp�riences pour faciliter les mat�rialisations. Mais parfois, quand la force est suffisante, on voit le ph�nom�ne se produire au milieu des assistants.

Toutes ces observations sont confirm�es scientifiquement par les exp�riences de la t�l�graphie sans fil. D�apr�s une communication de M. Marconi � la Soci�t� royale de Londres, il est �tabli que les ondes hertziennes se transmettent mieux la nuit que le jour ; le lever du soleil jette un grand trouble dans les transmissions.

C�est ainsi que le spiritisme, apr�s nous avoir ouvert le vaste empire des forces et des �l�ments invisibles de la nature, nous initie aux lois qui en r�glent les harmonies profondes. Par l��tude de ses ph�nom�nes, la mati�re, � son �tat le plus rar�fi�, nous appara�t comme un moule subtil, o� s�impriment les pens�es et les actes. En m�me temps, elle constitue un immense r�servoir d��nergies, qui, en venant s�ajouter aux �nergies psychiques, engendrent la force par excellence, la puissance cr�atrice, d�o� �mane l�Univers, dans ses �ternelles et changeantes manifestations.

 

[1] AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, p. 74.

[2]A. RUSSELL-WALLACE, les Miracles et le Moderne Spiritualisme, p. 255.

[3] Revue parisienne, juin 1899.

[4] AKSAKOF, loc. cit., p. 41.

[5] AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, pp. 59 � 77.

[6] AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, p. 67.

[7] Voir Apr�s la Mort, p. 194 ; W. CROOKES, Recherches sur le spiritualisme, passim, et AKSAKOF, loc. cit., pp. 95, 201 � 205, 255.

[8] FL. MARRYAT, le Monde des Esprits ; 1894, traduit de Het Toekomstig Leven. Utrecht, ao�t 1902.

[9] Voir AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, pp. 620, 621.

[10] Voir Compte rendu officiel du IVe Congr�s international de psychologie. Paris, F�lix Alcan, �dit., 1901, p. 675, reproduit in extenso dans les Annales des Sciences psychiques du docteur Dariex, f�vrier 1901.

[11]Annales des Sciences psychiques, mars-avril 1901.

[12]Annales des Sciences psychiques, mars-avril 1901.

[13] Voir Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de 1900, pp. 241 et suiv. Leymarie, �diteur.

[14]Compte rendu du Congr�s spiritualiste de 1900, pp. 203, 204.

[15] Voir chap. XVII, p. 248.

[16]Secolo XIX, de G�nes, articles du 21 au 25 juin 1901.

[17] Revue des �tudes psychiques, septembre 1902, p. 264.

[18]Voir Revue scientifique et morale du Spiritisme, mai 1901, p. 672.

[19] Voir Animisme et Spiritisme, pp. 232, 240.

[20]Voir C. D'ESPERANCE, Au Pays de l'ombre. Leymarie, �dit., 1899, avec photographies des Esprits Leila, Yolande, Y-An-Ali, etc., pp. 255, 310, 312 et pr�face d'Aksakof.

[21]Voir AKSAKOF, loc. cit., pp. 127 � 178.

[22] AKSAKOF, ouv. cit�, p. 140.

[23]AKSAKOF, loc. cit., p. 165.

[24] AKSAKOF, loc. cit., p. 57, et pr�face de : Au Pays de l'ombre.

[25] Voir FLORENCE MARRYAT, le Monde des Esprits, 1894, et W. CROOKES, Recherches sur le spiritualisme, appendice.

[26] AKSAKOF, loc. cit., pp. 158, 159.

[27]Revue scientifique et morale du Spiritisme, avril 1905.

[28] AKSAKOF, loc. cit., p. 243.

[29]Voir comtesse WACHTMEISTER, le Spiritisme et la Th�osophie, p. 19. Leymarie, �dit.

[30] Revue scientifique et morale du Spiritisme, mai 1901, p. 672.

[31] Revue scientifique et morale du Spiritisme, ao�t 1902, p. 97.

[32] AKSAKOF, Un cas de d�mat�rialisation.

[33] Voir Col. H. S. OLCOTT, Gens de l'autre monde (People from the other world), 1875.

[34] Voir Annales des Sciences psychiques, janvier 1906.

[35] Le m�dium �tait le docteur Monck, pasteur baptiste. Voir G. DELANNE, les Apparitions des Vivants et des Morts, t. II, p. 521.

[36] E. D�ESPERANCE, Au pays de l�ombre, p.264, avec pr�face d�Aksakof

[37] BINET et FERRE, le Magn�tisme animal, pp. 146 et suiv. Docteur BEAUNIS, Somnambulisme provoqu�, pp. 24 et suiv. Revue de l'hypnotisme, d�cembre 1887, p. 183 ; avril 1889, p. 298 ; juin 1890, p. 361. Voir aussi Progr�s m�dical, 1l et 18 octobre 1890 : un cas de cyanose par suggestion.

[38] Voir Journal du magn�tisme, 1901, p. 53.

[39] Bulletin de la Soci�t� des �tudes psychiques de Marseille, janvier 1903, p. 17.

[40] AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, p. 64.

[41] G. DELANNE, l'Ame est immortelle, pp. 376 et suiv.

[42] Revue scientifique et morale du Spiritisme, d�cembre 1902, p. 383.

[43] Revue scientifique et morale, septembre 1902, p. 187.

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